Mathieu Martin |

Le grand défi d’un investisseur de microcaps

Quelle est selon vous la plus grande barrière au succès en tant qu’investisseur de microcaps? Plusieurs réponses vous viennent certainement en tête : le manque de capital, le manque de connaissances financières, un réseau de contacts peu développé, un horaire trop chargé, etc. Selon ma propre expérience, c’est certainement d’y accorder le temps nécessaire qui représente le plus grand défi. Les autres inconvénients énumérés ci-haut se règlent avec du temps. Effectivement, avec de la patience et de la persévérance on peut s’instruire en matière de finance et d’évaluation d’entreprises, assister à quelques événements de réseautage afin de développer son réseau de contacts et ultimement faire fructifier son capital de départ, aussi minime soit-il. Tout est une question de temps et celui-ci est malheureusement une ressource limitée et rare.

Dans cette série qui s’intitule «L’investisseur autodidacte», mon objectif est de partager des réflexions et des conseils afin de vous aider à devenir de meilleurs investisseurs. Je crois fermement que le succès est à la portée de tous à condition d’y consacrer les efforts nécessaires et d’avoir accès aux bonnes ressources. Voici donc quelques aspects auxquels il est particulièrement important de porter attention selon moi :

 

  1. La recherche et diligence raisonnable

En tant qu’investisseur à long terme, cet aspect est le plus important pour moi lorsque je considère investir dans une nouvelle société. Mon processus de diligence raisonnable s’effectue en plusieurs étapes, selon mon niveau d’intérêt envers la compagnie. Je peux me faire une idée sommaire d’une compagnie en moins d’une heure en regardant les plus récents états financiers, les derniers communiqués de presse et la présentation aux investisseurs.

Lorsque cette vérification sommaire me plaît et que je désire en apprendre plus, c’est à ce moment que le vrai travail commence : épluchage en profondeur des états financiers (pour les 3 à 5 dernières années), analyse du marché et de la compétition, contact avec l’équipe de direction, discussions avec d’autres investisseurs, modélisation financière, etc. Puisque ma stratégie consiste à investir dans des titres souvent très illiquides, je tente de prendre peu de décisions d’investissement mais que celles-ci soient de la plus haute qualité.

 

  1. Le suivi des positions en portefeuille et des titres à surveiller

Mon portefeuille est plutôt concentré – je tente d’y détenir entre 8 et 12 de mes meilleures idées d’investissement. Chaque titre représente donc un pourcentage relativement significatif et doit être suivi assidument. J’utilise certains outils tels que Conference Call Transcripts et les forums de discussion afin de suivre l’actualité concernant les titres dans mon portefeuille ainsi que ceux qui se trouvent sur ma liste de titres à surveiller.

Dans les microcaps, beaucoup de surprises peuvent survenir : résultats financiers surprenants ou décevants, annonce d’un contrat majeur ou d’une poursuite, annonce d’une nouvelle émission d’actions, etc. Ces événements peuvent faire bouger le prix d’un titre de manière violente à la hausse comme à la baisse et c’est pourquoi il est important d’y être extrêmement attentif. Ces nouvelles sont généralement communiquées en dehors des heures du marché, c’est pourquoi il faut être particulièrement vigilant le matin avant l’ouverture des marchés pour jeter un coup d’œil aux nouvelles des dernières heures.

Le suivi du portefeuille ne requiert pas une quantité de temps énorme mais plutôt une assiduité afin de toujours être au fait des plus récents développements. Si la recherche et la diligence raisonnable ont été effectuées correctement au départ, la réévaluation de sa thèse d’investissement suite à des nouvelles importantes devrait se faire assez aisément.

 

  1. La découverte de nouvelles opportunités

Comme peu d’analystes professionnels s’intéressent à l’univers des microcaps, la quantité de recherche fondamentale sur les différents titres est quasi inexistante. L’investisseur autodidacte doit effectuer ses propres recherches afin de dénicher les perles rares qui s’y cachent. Plus on analyse de compagnies, plus on a de chances d’en découvrir une avec un fort potentiel. Comme l’a déjà mentionné Peter Lynch, «la personne qui regarde sous le plus de roches gagne la partie» (traduction libre). Une liste de titres à surveiller constituée de 40 à 75 titres est selon moi un bon point de départ afin de restreindre l’univers des microcaps à un niveau permettant d’en faire un suivi convenable. Cette liste sera mise à jour lorsque vous ferez la découverte de nouvelles compagnies sur des forums de discussion, en utilisant des ressources payantes telles que la lettre d’investissement Smallcap Discoveries, en filtrant des bases de données (communément appelé «screening» en anglais) ou bien en discutant avec d’autres investisseurs dans votre réseau. Plusieurs investisseurs que je connais vont même jusqu’à lire tous les nouveaux documents publiés sur Sedar à chaque jour afin de ne rien manquer. Imaginez le temps requis pour tenir à jour une telle liste de titres à surveiller!

 

La gestion active

Le niveau d’engagement requis afin de bien faire ses devoirs en investissement boursier est élevé, particulièrement dans les microcaps où il y a peu de yeux pour scruter cet univers. Il faut redoubler de prudence et effectuer des analyses approfondies afin de s’assurer de bien comprendre dans quoi l’on investit.

Le manque de temps de la majorité des investisseurs est probablement ce qui a contribué à la hausse en popularité des Fonds Négociés en Bourse (FNB) au cours des dernières années. Pourquoi se soucier de faire toutes ces recherches alors qu’on peut acheter un panier de titres bien diversifié et qui comporte peu de frais de gestion ? Les FNB sont effectivement une avenue intéressante pour l’investisseur disposant de peu de temps et désirant obtenir un rendement qui s’apparente à celui du marché en général. Malheureusement, il y a peu de chances que vous surperformiez avec une telle stratégie.

Également, les FNB sont très peu répandus – voire même inexistants – dans le domaine des microcaps (surtout pour les très petites compagnies). Pour profiter des opportunités exceptionnelles qui se trouvent dans le secteur des microcaps, je crois que la gestion active, par soi-même ou par le biais d’un gestionnaire de portefeuille, demeurera pour encore longtemps la meilleure façon de tirer son épingle du jeu.

Alors, êtes-vous prêts pour la gestion active ?